Pourquoi les Français ont-ils une telle culture de la grève ?

En raison des mouvements sociaux actuels ayant débuté par les lycéens, revenons sur les origines de cette culture de la grève en France et sur ce qu’elle a permis d’obtenir au fil des décennies.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, se mettre en grève est un délit en France. La loi Le Chapelier de 1791 interdit toute coalition professionnelle au nom de la liberté individuelle du travail, et le Code pénal de 1810 punit sévèrement les ouvriers qui s’organisent pour arrêter le travail ou réclamer une hausse de salaire. Il faut attendre la loi Ollivier du 25 mai 1864 pour que la grève cesse enfin d’être un crime, même si elle reste alors un motif de licenciement. Vingt ans plus tard, la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884 autorise la création de syndicats professionnels et donne enfin aux travailleurs un cadre légal pour s’organiser collectivement.

Cette légalité toute neuve porte ses fruits en juin 1936. Après la victoire du Front populaire aux élections, une grève générale spontanée paralyse le pays et des ouvriers occupent leurs usines partout en France. Pour y mettre fin, le patronat, la CGT et le gouvernement de Léon Blum signent dans la nuit du 7 au 8 juin les accords de Matignon à l’hôtel Matignon. Les grévistes obtiennent les congés payés, la semaine de 40 heures, une hausse des salaires et la création des délégués du personnel.

32 ans plus tard, en mai 1968, un mouvement étudiant se transforme en la plus grande grève générale de l’histoire du pays, avec près de dix millions de salariés à l’arrêt. Les 25 et 26 mai, le gouvernement, le patronat et les syndicats négocient rue de Grenelle. Les accords de Grenelle qui en ressortent prévoient une hausse de 35 % du salaire minimum et une augmentation moyenne de 10 % des salaires réels, ainsi que la reconnaissance officielle des sections syndicales dans les entreprises.

Cette tradition ne s’arrête pas aux grandes dates du XXe siècle. En 1995, plusieurs semaines de grève dans les transports poussent le gouvernement à retirer la partie du plan Juppé qui visait les régimes spéciaux de retraite. En 2006, la mobilisation des lycéens et des étudiants contraint à son tour l’exécutif à retirer le contrat première embauche avant même son entrée en vigueur. D’un droit arraché texte après texte, la grève est devenue en France un outil de négociation à part entière, utilisé aussi bien par les salariés que par les étudiants pour peser sur les décisions qui les concernent.




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